Liaisons dangereuses

Liaisons dangereuses
"Si c'est être amoureux que de ne pouvoir vivre sans posséder ce qu'on désire, d'y sacrifier son temps, ses plaisirs, sa vie, je suis bien réellement amoureux"
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le dimanche 10 mai 2009 10:41

Terminale L (7) suite (6)

Terminale L (7) suite (6)
Il avait eu le bon goût de disparaître le jour de son anniversaire, et H. ne comprenait pas comment ses proches pouvaient imaginer qu'elle aimerait encore le fêter. Elle n'avait d'ailleurs jamais vraiment aimé ça, alors cela l'arrangeait bien. Parfois, elle se disait que c'était peut-être son cadeau : l'exempter à vie de cette corvée, de ces « joyeux anniversaires » chantés faux, des ces gâteaux coûteux et des ces surprises désastreuses ? J. s'était éteint il y tout juste deux ans, et depuis ce jour-là, H. avait éteint son propre interrupteur. Celui de sa joie de vivre, celui de sa folie infantile, celui qui allumait son sourire et qui mettait des paillettes dans ses yeux. Cela faisait deux ans que H. tournait en rond dans son appart. Comme un vulgaire poisson rouge dans son bocal. Certes, elle sortait se balader, pour se nourrir, se divertir. Elle passait des après-midi à prendre des photos, à écrire dans des parcs, à boire des capuccino dans des cafés, à assister à des concerts amateurs,...Elle vivait de l'argent de ses parents, qui acceptaient avec patience de subvenir à ses besoins le temps que leur fille chérie retrouve la raison.
Les premiers mois, H. pleurait sur tout ce qui avait un lien avec l'accident. Elle pleurait devant des polars, et lorsqu'on parlait de neige, elle pleurait quand elle voyait un carrousel, elle pleurait quand elle entendait « cap ou pas cap », ou quand elle passait dans une ruelle, elle pleurait quand elle voyait un couple, elle pleurait quand elle utilisait un couteau, quand elle entendait la sirène des urgences. Puis, au bout d'un an, H. apprit à ne plus rien ressentir. Lentement, elle comprit la fatalité de la situation et elle enfila une carapace de solitude et d'humour noir, pour se protéger des autres. De la vie. Aux yeux des autres, H. ne serait plus jamais la même. Elle perdit beaucoup d'amis, qu'elle ne blâmait d'ailleurs pas ; Elle les comprenait, et allait même jusqu'à leur être reconnaissante d'être aussi déloyaux. Rien ne comptait plus. Ni eux, ni personne.

# Posté le samedi 22 novembre 2008 10:34

Terminale L (6) suite du (5)

Terminale L (6) suite du (5)
730 jours. 17520 heures. Elle était même capable de compter les minutes. Les secondes. Elle savait pertinemment que c'était un décompte malsain, mais c'était sa façon à elle de se punir et de ne pas oublier. Jamais. D'ailleurs, elle se souvenait de tout. Du moindre détail de cette journée marquée par la mort. La mort. On l'envisage comme l'enterrement de ses grands-parents, comme les nouvelles pubs de prévention routière, comme les larmes qu'on verse sur une tragédie romanesque. Mais ça n'a rien à voir. La mort, pour H. avait été toute autre chose.
Une chose qu'on ne peut envisager.
C'était un 20 décembre, aux alentours de 20h30. Elle le savait parce qu'elle avait reçu un texto peu de temps avant... Avant. H. aurait voulu vivre dedans ce « avant », si petit qu'il fut. Nager à loisir dans ce petit bassin de bonheur, et revivre encore et encore chaque gouttelette qui le remplissait. C'était l'heure de leur jeu favori. C'était l'heure d'un pari. H. et J. marchaient main dans la main, leurs pas accordés crissaient joliment dans la neige, ils cherchaient un endroit sympa ou fêter son anniversaire. Elle revoyait les passants, la couleur des voitures, le nom des enseignes. Elle s'en souvenait comme de ses derniers instants de bonheur. Le bonheur. Elle s'arrêta devant une petite ruelle sombre, ces ruelles qui font, selon elle, le charme de Paris, puis elle se retourna vers lui avec un sourire malicieux : « Tu vas voir ces mecs là-bas et tu leur dis : joyeux Noël mes amis ! Soyez heureux ! Avec la voix du père-Noël. Cap ou pas cap ?! » J. s'engouffra dans la ruelle et elle l'entendit s'exécuter. Elle n'entendit pas distinctement la suite, mais elle comprit que quelque chose de grave s'était produit quand elle distingua l'ombre des sept garçons se rapprocher dangereusement. Ils couraient. H. les laissa passer en se poussant de côté et rejoignit J. en un éclair. A terre gîsaient deux corps. Celui d'un inconnu. Et le sien. Il portait la main sur son ventre et elle lut dans ses yeux une souffrance qui la fit vomir. Elle se jeta sur lui, souleva tendrement sa tête, et s'affaira à comprendre ce qu'il venait de se passer, tout en composant les numéros utiles. Le temps s'arrêta quelques secondes. Il allait mourir mais elle voyait sa vie défiler. Du métal. Une lame de 10 centimètres avait tranché dans son abdomen une cavité par laquelle sa vie s'enfuyait à toute vitesse. Sa précieuse vie. Et elle avait beau cacher la plaie, comprimer la blessure avec ses mains, le sang coulait, coulait toujours. Ses lèvres commençaient à blanchir, ses prunelles ne s'affolaient plus mais fixaient sereinement un point fixe sur son visage. Comme signe d'abandon. Elle revoyait le rouge et le blanc. Le sang et la neige. Ses lèvres et les siennes. Leur dernier baiser. Elle se souvenait les piétons qui accouraient, la sirène de la police, celle des urgentistes. Elle se rappelait les lumières qui clignotaient et la musique de fond d'un carrousel au loin. Tout. Mais surtout ses derniers mots : « Cap. Joyeux anniversaire my Love...Je t'aime, t'en fais pas ». T'en fais pas. Il avait toujours eu beaucoup d'humour mais ce soir-là, H. ne rit pas. Elle se mit à hurler des choses incompréhensibles, des sanglots la secouèrent ; Elle était entrée dans une sorte de transe morbide, et s'allongea sur lui, si bien que lorsque les ambulanciers récupérèrent les corps, ils furent contraints de l'emmener avec eux. Des heures de négociation avec des psychologues et des préposés à la morgue plus tard, H. sortait de l'Hôpital avec la certitude qu'elle était morte avec lui. Mourir le jour où la vie nous a été donnée. Voilà qui lui arracha un sourire.

# Posté le lundi 17 novembre 2008 14:25

Terminale L (5)

Terminale L (5)
"La nature n'a fait ni serviteurs, ni maîtres, je ne veux ni donner ni recevoir des lois"












Elle s'éveilla dans un hurlement, les yeux écarquillés et les cheveux collés sur le front par la sueur. Un cauchemar. Comme chaque nuit. Il était 6h environ, mais elle décida de mettre un terme à sa séquence-horreur journalière, et elle sauta de son lit pour ouvrir les volets.
C'était l'hiver. Un hiver sec et glacial, comme il y en a souvent à Paris. Il n'avait cependant pas encore neigé, c'est pourquoi H. fut surprise de contempler le paysage d'un blanc immaculé qui d'offrait à elle. Les toits brillaient sous l'éclat des décorations de Noël et des flocons virevoltaient toujours pour s'ajouter à ceux qui formaient déjà au sol, une couche épaisse et compacte. C'était beau. Il faut dire qu'il était trop tôt encore pour que des empreintes de pas n'aient altérées la pureté de la scène, que de la boue ne se soit mêlée à la neige, que la pollution et la chaleur des pots d'échappement n'aient fait tout noircir et tout fondre.
Il était donc tôt, et la journée commençait à peine. Sa journée. Cette foutue journée où sa naissance avait été déclenchée. Lorsqu'elle se rappela ce détail non négligeable, H. se rua sur son portable et s'empressa de l'éteindre, en laissant s'échapper un petit soupir de soulagement. Il n'était pas question qu'elle subisse les harcèlements des indésirables et la négligence des désirés. Elle souhaitait être tranquille. Tranquille et seule.
Alors qu'elle se faisait couler un bain bouillant, H. se préparait un petit déjeuner. Œufs brouillés, bacon, café au lait et jus d'oranges pressées. Elle déambula ensuite nonchalamment à travers les pièces, munie de son plateau, vêtue de son pyjama improvisé (un caleçon et un t-shirt XXL), pour finalement s'échouer dans le salon. Elle déposa son chargement sur la table basse, puis s'assit en tailleurs sur le canapé cosy, après avoir allumé Disney Channel. Des dessins animés. Elle n'avait jamais cessé d'aimer ça, quel que soit l'âge qu'elle avait aujourd'hui.
Une bonne heure plus tard, H. entrait délicatement et prudemment ses pieds dans l'eau brûlante, puis s'immergea entièrement. Elle aimait ce sentiment de paix. Sous l'eau, la notion du temps disparaissait, les sons paraissaient lointains ; Le contact de l'eau sur sa peau, le mouvement de ses cheveux lâchés ; Tout lui plaisait. Elle serait restée des jours entiers ainsi, si sa finitude humaine ne lui en avait dissuadée. Elle remonta alors dans une profonde inspiration puis replongea encore et encore pendant une demi-heure.
C'est la sonnerie d'un téléphone qui l'extirpa de sa rêverie. Le téléphone fixe. Cela dit, le temps qu'elle se sèche et qu'elle maudisse son inadvertance (débrancher la prise), la messagerie s'était déclenchée : « Ma chérie, c'est maman. Je sais que tu es là, alors décroche ce téléphone par pitié. Tu ne vas tout de même pas jouer la nonne cloîtrée aujourd'hui aussi, ma puce. Décroche ce téléphone ! Bip bip bip... »
« Fuck ». Elle était grillée. Pire, sa mère allait débarquer d'ici 15 petites minutes. H. courut dans sa chambre, enfila des sous-vêtements, son jean-deuxième-peau, un pull et une doudoune, chaussa ses converses en cuir, et se dégota un bonnet, une longue écharpe et des gants dépareillés. Elle empoigna son sac US et y fourra le nécessaire : son ipod, son portefeuille, ses clefs, Sept jours pour une Eternité et Nouvelles sous Ecstasy, son polaroïd, un bloc-notes et un feutre. Elle allait claquer la porte quand elle revint sur ses pas. Elle s'empara de son portable, le glissa dans sa poche et leva les yeux au plafond. C'était juste au cas où. Au cas où...
Elle dévala les escaliers, s'accorda une inspection dans les grands miroirs du hall de l'immeuble, puis s'engouffra dans le froid piquant de ce mois de Décembre.
Il était exactement 8h17, et H. bénit le ciel de n'être pas sortie une minutes plus tard, quand elle aperçut la Cadillac de sa mère au bout de la rue. Elle avait eu de la chance. Cela dit, consciente qu'il ne fallait pas la forcer, elle pressa le pas pour le ralentir à quelques rues de la sienne. Un sourire se dessina au coin de ses lèvres et ses yeux se mirent à pétiller. Elle était satisfaite. Satisfaite comme lorsqu'on réussit à s'échapper d'une situation difficile, satisfaite comme une enfant qui a remporté un pari stupide avec elle-même.
H. ne se souvenait plus la dernière fois qu'elle avait ainsi arpenté Paris, seule, et enneigée. Elle réalisa que ça n'était jamais arrivé et elle entra dans un bar commander une pression, pour fêter l'évènement. Une première fois. Cela la rassura de constater qu'il puisse encore en avoir. Après deux courtes parties de babyfoot avec une petite troupe de quadragénaires russes, H. retrouva l'air gelé du dehors. Elle émit un petit rire de contentement lorsque ses pieds s'enfoncèrent dans la neige. Elle aimait cette sensation et elle songea qu'elle partirait bien faire du ski prochainement. Evidemment, ce serait moins ... qu'avec lui. Mais en l'occurrence « lui » n'était plus là, « lui » était mort. Mort il y a deux ans.











Honey, i want you (L)






pix:black & white
musique: right here - brandy
humeur: les slogans de 68
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le samedi 15 novembre 2008 15:45

Terminale L (4)

Terminale L (4)
(8)she's good to me and there's nothing she doesn't see, she knows where i'd like to be, honey, i want you (8)







C'était mieux que tout.
P
lus excitant que les montagnes russes, plus euphorisant que courir tout nu dans la rue et plus révoltant que brûler du fric. C'était plus bandant que Brad Pitt dans Fight Club, plus mignon qu'un chaton, plus marrant que faire des doigts aux automobilistes. Bien plus jouissif qu'un orgasme, plus délicieux qu'une fondue au chocolat, et plus flippant que le saut à l'élastique. Plus agréable qu'une grasse mat', plus merveilleux que de la neige à Nl, plus ridicule que ta mère en string de guerre. C'était plus rare qu'un arc-en-ciel, plus vertigineux qu'être au sommet de la Tour Eiffel, plus passionnel que l'Amour et la Haine. Un milliard de fois plus cliché qu'un baiser sous la pluie, plus intéressant qu'être riche, beau, et intelligent et plus magique que le père Noël. Plus sexuel qu'une partouz géante, plus romantique qu'un bouquet de fleurs à l'improviste, plus doux que le cachemire. C'était plus original que manger un poisson rouge, plus efficace que l'ecstasy, la vodka, la cocne et le whisky, plus fantastique que voler. Bien plus agréable qu'un bain de minuit, plus enfantin qu'un Kinder, et plus impressionnant qu'une bastonrale. Un milliard de fois mieux que Disneyland à Noël, plus hype que le champagne, plus dégradant qu'un énorme Tag, plus sensuel que la danse orientale. C'était plus important que la musique, plus vital que l'air pour respirer, meilleur que l'odeur de l'essence. Plus désirable que les vacances, plus choquant que le Pape à poil, plus extravagant que des paris débiles.
C'é
tait mieux que mieux.
C'était Elle + Lui
EUX








(L)Je
ne veux qu'il(L)








pi
x:sac
hu
meur: lunatique
m
usique: i want you - bob dylan






[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le mardi 11 novembre 2008 14:53

Modifié le samedi 15 novembre 2008 15:51